L’HISTOIRE RICHE DU MANOIR

Mythes et légendes du Manoir

En 1694, cinq seigneuries sont remises à François Hertel et ses quatre fils suite à leurs faits d’armes contre les Iroquois. L’une d’elles, dite de Rouville, est concédée à Jean-Baptiste Hertel de Rouville alors âgé de 20 ans. Cinq générations plus tard, Jean-Baptiste René Hertel de Rouville sera le dernier de la famille Hertel à diriger la seigneurie alors qu’il la vend en 1844, au major Thomas Edmund Campbell pour la somme de 17 000 livres. C’est Thomas Edmund Campbell qui sera à l’origine des travaux de construction du Manoir tel qu’on le connait aujourd’hui. Le nouveau Manoir de style Tudor, terminé en 1850, gardera plusieurs éléments architecturaux du Manoir Rouville d’origine, ce qui justifie bien sa présente appellation de « Manoir Rouville-Campbell ».

Suite au mariage de Sir John Douglas Sutherland Campbell, marquis de Lorne, avec la princesse Louise, quatrième fille de la reine Victoria, plusieurs membres de la famille royale viendront régulièrement séjourner au Manoir Campbell. On présume que le Roi Edward VII y aurait séjourné à quelques reprises durant son règne malgré le tumulte qui se dessine dans le paysage politique international de l’époque. Dans les circonstances, ses visites auraient été cachées par mesures extraordinaires de sécurité d’État. On raconte même qu’une porte du sous-sol servait d’accès à un passage secret menant à une sortie plus sécuritaire à proximité du domaine. Cette porte dont l’accès extérieur a été condamné existe encore aujourd’hui. Ce qui laisse sous-entendre que cette histoire est bel et bien vraie. Outre le Roi, plusieurs visiteurs de marque séjourneront au Manoir Rouville-Campbell au cours des années subséquentes. Entre autres, Lord Elgin, Sir Walter Head, le Duc de Connaught et plusieurs membres de la famille royale auront foulé le seuil de la grande porte du Manoir.

À la suite de la mort de Thomas Edmund Campbell, la seigneurie restera longuement la propriété de la famille jusqu’au décès de Mabel Allen, épouse du seigneur Colin Campbell, en 1955. Ensuite, le Manoir fut tranquillement démembré et passa entre les mains de plusieurs propriétaires jusqu’à son acquisition en 1969 par le sculpteur Jordi Bonet, qui le fera classer monument historique en 1977. À cette époque, une production cinématographique américaine a été tournée dans ces lieux remplis d’histoire et de magie : Hotel New Hampshire de Barry Levinson, mettant en vedette Beau Bridges, Rob Lowe et Judie Foster. En 1996, l’humoriste Yvon Deschamps acquiert le Manoir, et participera activement à son essor.

Aujourd’hui, le Manoir Rouville-Campbell est un hôtel de luxe qui continue encore et toujours de s’adapter à son époque. Ses 200 ans de vie active, le Manoir impressionne par son authenticité, la richesse de son histoire et la détermination de ses hôtes à en préserver le caractère unique qui fait de lui un ultime trésor du patrimoine national.

Il est l’un des secrets les mieux gardés de notre histoire. Un monument historique où les invités sont et seront toujours happés par la beauté et la majesté des lieux.

 

Thomas Edmund Campbell, un grand Hilairemontais

« Pour avoir mis Saint-Hilaire sur la mappemonde des points de vue éducatif, économique, agricole, récréatif, industriel, religieux et social, Thomas Edmund Campbell mérite d’être reconnu comme le plus grand des Hilairemontais, car plus que tout autre, il fut un homme plus grand que nature. »

 

Michel Clerk, 1994

Le personnage qui a contribué le plus à l’épanouissement de Saint-Hilaire depuis trois siècles est sans contredit Thomas Edmund Campbell.

À sa sortie du collège militaire, le jeune officier anglais Thomas Edmund Campbell est chargé de missions impériales en Égypte, en Turquie et en Russie. Envoyé ensuite au Canada pour mater la rébellion de 1837-38, il réprima Les fils de la liberté à Châteauguay, mais il sut aussi défendre les droits des rebelles en stoppant les volontaires anglophones pressés de mettre le feu aux habitations des insurgés. Au retour de la paix, Campbell est promu aide de camp du gouverneur Lard Sydenham. Parlant français, Campbell facilite le dialogue entre l’état colonial et les chefs francophones. En 1841, il épouse Henriette-Julie, fille du seigneur de FossambauIt. Réaffecté en Angleterre la même année, Campbell y retourne avec sa jeune femme. Mais il rêve d’émigrer dans le vaste pays à battoir qu’est le Canada. Lorsque, cinq ans plus tard, ses beaux-parents lui écrivent que la seigneurie de Rouville est mise en vente, Campbell l’acquiert, quitte l’armée et embarque femme, enfants et bagages pour son nouveau pays.

Si tôt arrivé à Saint-Hilaire, Campbell s’attèle à la tâche de développer son domaine; la forêt lui procure chênes, érables et pins; les abords rocheux de la montagne sont propices à la plantation de pommiers; le sol de la vallée est bon pour la culture céréalière et la rivière Richelieu, poissonneuse. En moins de deux ans, il a aménagé une ferme modèle de 150 acres avec chevaux, vaches, cochons, poules, étables et écuries. Les cultivateurs et pomiculteurs de Saint-Hilaire s’initient aux méthodes modernes d’agriculture; la charrue de fer pour labourer plus profondément la terre remplace la charrue de bois. Il exporte pommes et sucre d’érable vers l’Europe. Élu président de la Société d’agriculture de Rouville, Campbell propose la tenue d’expositions agricoles. Les concours annuels stimulent et récompensent cultivateurs et éleveurs les plus productifs.

Sa Seigneurie florissante, Campbell devient secrétaire du gouverneur Lord Elgin à Montréal. Entraineur et énergique, il joint les directorats de la Banque de Montréal, de la compagnie d’assurance Mutuelle et de la St. Lawrence & Atlantic Railway. Saisi du projet d’un chemin de fer Montréal-Halifax devant traverser le Richelieu à Saint-Denis, Campbell convainc ses codirecteurs d’en faire passer le trajet plutôt par Saint-Hilaire. L’expansion économique de Saint-Hilaire et de Belœil en bénéficiera pendant près de 150 ans. En 1848, Campbell fait ériger par François Leduc (grand-père du peintre Ozias Leduc) la charpente d’un grand moulin en pierre sur les fondations du moulin en bois incendié quelques années plus tôt, l’historien Armand Cardinal commente ainsi l’activité du hameau de la montagne. « Les moulins en firent un carrefour trépidant d’industrie, de commerce et d’agriculture pendant 150 ans et, particulièrement sous le règne du seigneur Thomas Edmund Campbell.

La demeure de son prédécesseur ne satisfaisant plus les besoins de sa famille ou de sa vie sociale, Campbell engage l’architecte Frederick Lawford, auteur de plusieurs églises et banques des deux Canadas, pour réaliser le château de style Tudor qui fait encore la fierté de Saint-Hilaire. En même temps, Campbell offre au curé Monet les services de Lawford pour achever l’intérieur de l’église. C’est ainsi que l’église, aux dehors français et catholiques, abrite un intérieur néogothique d’allure anglo-protestante! Pour combattre l’illettrisme de ses censitaires, Campbell fonde une école modèle située au village, où garçons et filles pouvaient s’initier aux rudiments du français et de l’arithmétique. La seigneuresse Henriette-Julie Campbell, à son tour, construira près de l’église un couvent où les Sœurs Jésus-Marie enseignèrent aux filles de 1855 à 1985. L’intérêt des Campbell pour l’éducation s’étendra au-delà de Saint-Hilaire, car plus tard, Thomas siègera sur le conseil du Bishop’s College de Lennoxville. Refuge de paix et de beauté naturelle agrémenté d’un lac et d’un pain de sucre au pied duquel s’étend la vallée du Richelieu et d’où plusieurs collines montérégiennes sont visibles, la montagne de Saint-Hilaire fut, de 1851 à 1895, le site d’un hôtel de villégiature splendide, l’Iroquois House, oeuvre de Campbell, fréquenté par la bourgeoisie huppée de Montréal et de New York. Aux élections du Bas-Canada de 1857, Thomas Campbell est élu député de Rouville. L’année suivante, il est désigné membre du synode de l’Église anglicane de Montréal où il siègera jusqu’é son décès en 1872.